Interview Jean Louis TEYSSIE

Par Bolto' - © Photos Jean-Louis Teyssié

Pêche au lever du jour sur un spot rocheuxJLT travaille au Laboratoire de l'Environnement Marin à Monaco qui dépend directement de l'Agence Internationale de l'Energie Atomique. Les équipes de recherche utilisent l'atome au service de l'environnement. Les isotopes des métaux lourds, les molécules de pesticides, de surfactants, de PCBs, d'hydrocarbures qui intègrent le carbone 14 ou le tritium sont utilisés comme des marqueurs de polluants.

A droite : Pêche au lever du jour sur un spot rocheux

Ils permettent de quantifier les vitesses de répartition des molécules toxiques dans des environnements aquatiques tempérés, arctiques ou tropicaux et de déterminer leur accumulation au sein des chaînes alimentaires. L'unité de recherche à l'AIEA accueille des micro-ecosystèmes reconstitués où sont effectués les tests sous contrôle. Une rivière peut ainsi être recréée et testée sur différents contaminants à différents niveaux d'une chaîne alimentaire spécifique. Trop las de voir les données scientifiques diffusées uniquement dans des revues spécialisées ou dans les tiroirs des décideurs, JL décide de s'impliquer directement et bénévolement sur le terrain pour appliquer les résultats du laboratoire, dans une gestion patrimoniale scientifique de la rivière Cagne dans les Alpes Maritimes. Moucheur et scientifique, JL concilie également art et science pour protéger une nature aquatique qui fout le camp. L'art est devenu un prétexte à la communication et il véhicule de nombreuses informations objectives des états écosystémiques. JL crée ainsi le mouvement bio-art au sein d'expo mouche et diffuse, pendant les expositions, les colloques des propos « écolomiques », nouvelle discipline où l'écologie dynamique rejoint une économie propre. Mouches, photographies, films permettent une communication avec un public de plus en plus large.

une imitation de crevette imaginée par J. L. TeyssiéCréateur de nombreux leurres appliqués à des pêches respectueuses du poisson dans des environnements divers, JL a en poche de nombreuses collections de mouche pour les eaux douces et pour la mer. Il développe des imitations de proies marines comme les krills, les céphalopodes, les poissons fourrages, les crustacés. Sont nés de sa main des imitations de tortues marines juvéniles en poils de chevreuil, de crevettes pélagiques en lien de sac poubelle, des calamars ou des seiches en pipette pasteur en gant vinyl etc. JL connaît les chaînes alimentaires marines et sait avec précision ce que chaque prédateur consomme. Une information des plus utiles lorsqu'on est aussi comme JL, pêcheur à la mouche en mer.

Ci-dessus : une imitation de crevette imaginée par J. L. Teyssié.

JLT, Bonjour ! Tout d'abord bienvenue sur www.PecheWeb.com et merci encore d'avoir accepter de répondre à ces quelques questions ! Cette présentation rapide ne dis pas tout, aurais tu des choses à ajouter ou à retirer pour compléter?

Merci à vous de m'accueillir sur ce site. Que puis-je ajouter, voyons, tout d'abord j'aime l'eau et je ferais beaucoup pour la défendre car l'eau est la vie et sans eau propre il n'y a plus d'espoir. Scientifique, gestionnaire de terrain, moucheur, designer, journaliste pigiste, scénaristes environnementaliste, toute mon énergie est dédiée à l'eau et aux poissons à travers mon métier et mes passions. J'ai toujours eu des poissons autour de moi aussi bien dans mes aquariums qu'au bout d'une ligne. Plus je prends de l'age, plus je trouve difficile leur souffrance et plus je les observe car ils sont magnifiques. Je pêche donc de moins en moins en ciblant mieux les espèces et je photographie de plus en plus. J'aime également les imiter en créant des leurres dont les prototypes s'étalent dans des compositions et les applications dans l'eau. Le temps passe vite sur cette planète alors je profite au maximum de mes temps libres à courir les rivières et les berges pour contempler le spectacle de la nature.

Que représente le Bar/Loup pour toi ? Quel est ton record personnel à la mouche ?

Bar ou Loup dans son milieu naturel.

Le Bar est un poisson magique pour moi. Il est vif, intelligent, méfiant et sa robe est merveilleuse. Il a une texture extraordinaire et ses yeux parlent des océans. Difficile de tuer un tel poisson mais plus ludique de le leurrer et de le relâcher. C'est un poisson très intéressant à pêcher. Je les leurre à la mouche uniquement pour le plaisir extrême des sensations. Le plus gros que j'ai attrapé pesait 2.5kg. En Méditerranée et plus particulièrement sur les côtes bétonnées de la riviera française, les loups ont de moins en moins de chance d'atteindre leur maturité. Les mailles ne sont pas respectées et les juvéniles sont pêchés le soir au filet dans les estuaires. Donc, mauvaise gestion des stocks et épuisement des réserves en Loup.

Serait-il possible d'avoir ton avis sur le matériel de base à employer ?

Un jeune moucheur passionné en action.

Pour le matos : simple et léger pour les sensations. Je pêche avec des cannes de sept à neuf pieds max. Les neuf pieds lorsqu'il y a du vent pour shooter des soies de 4 à 5 et des sept pieds en temps plus calme pour lancer des soies de 2 à 4. Pas besoin de matos pour les tarpons en Med, surtout pour pêcher le Loup. En plus, le matériel léger accroît les sensations et un bar de 1kg sur canne de sept pieds et soie de 3 c'est fantastique. Les bas de ligne : classiques, simples, courts avec une pointe en 24 et 18/100 minimum. Mes mouches sont petites et dépourvues d'ardillons. J'essaie de ne pas blesser le poisson pour le relâcher proprement. On parlera mouche plus loin. J'ai une soie flottante WF 3 et un shooting head densité 5. Ces deux lignes me permettent d'explorer la surface et la colonne d'eau. Et puis, j'ai toujours un gant de strip pour éviter les blessures soies/peau/eau de mer.

La pêche à la mouche en mer n'est pas difficile en terme de lancer et bien plus évidente que dans les cours d'eau encombrés de végétation. En général, l'espace arrière est suffisant pour développer la soie en l'air et assurer ainsi un bon shoot avant. Avec une technique appropriée un lanceur moyen arrive en deux faux lancers à 20m sans trop de problème. Ensuite, c'est le domaine des experts et je n'en suis pas trop car j'aime pêcher le poisson dans mes pieds. Je pêche les petits surfs en parallèle à la berge l0 où les loups coincent les poissons fourrages ou encore les tombants oxygénés où ils chassent les crevettes grises. Pas besoin de lancer loin sauf dans les big surf mais au Sénégal sur la plage à 50°c sous le cagnard quand les bars mouchetés passent dans le transparent de levée de vague : ça je vibre car c'est de la chasse. Bien, on dérive, revenons matériel. Pour le moulinet, j'ai un ancien orvis et un systeme two 3M. C'est amplement suffisant pour pêcher du bord.

Une bonne adresse pour un matos de pointe pas trop cher, de bons conseils, des mouches pour la mer et du fun : contact Bruno qui travaille à ESFT Gardanne (Marseille). Bruno est un sacré pêcheur et il a développé pas mal de leurres pour la mer et la pêche au bar dont le crabe bodiz : esftfrance@aol.com et http://www.esft.fr ou 0442582114. Bruno prépare un nouveau catalogue gratos avec des cannes et moulinets pour la mer.

Pour toi quel est le genre de mouches à conseiller en premier lieu, as-tu quelques conseils de réalisations ?

Quelques modèles de streamers adaptés pour la mer.Step by step pour pas mal de montage, cela risque de durer… non, je vais plutôt vous parler d'un concept très perso du streamer. Le streamer est un compromis entre la pêche à la mouche et la pêche aux leurres. Les deux écoles s'y retrouvent et les adeptes se rejoignent. Les streamers peuvent être utilisés comme des leurres mais il faut qu'ils soient alourdis.

A gauche : Quelques modèles de streamers adaptés pour la mer.

Pour satisfaire les pêcheurs mixtes, j'ai dessiné la spin-stream avec Mepps, cette cuillère s'adapte sur un streamer et la version vairon fait un carton. Je propose une spin-stream pour la mer, elle est dessinée et elle marche d'enfer mais secret, j'espère qu'elle sortira bientôt sur le marché…Donc, le streamer est un concept… inventé aux USA par les précurseurs de la pêche à la mouche en mer, le streamer est habillé de nombreuses robes « plumées ou poilées ». Je n'utilise que des fibres synthétiques résistantes aux sels et aux mâchoires des poissons. Souples, elles ondulent, lumineuses, elles flashent, mouillées, elles sont transparentes. Elles ont tous les atouts et en plus leurs couleurs offrent des tons multiples. Elles se combinent pour recréer les robes réalistes des poissons fourrages. Les combinaisons sont infinies et nous pourrions en parler des heures. Elles ont toute un point commun : le principe de fixation sur la hampe de l'hameçon. Ces fibres sont soumises à des pressions intenses dans l'eau, dans l'air et dans les mâchoires des prédateurs. Mal fixées, elles vrillent autour de l'axe de la hampe et foutent le camp. Il ne vous reste plus alors qu'un streamer chauve au bout de la ligne. Le montage s'effectue d'arrière en avant sur la hampe. Les premières touffes de fibres sont fixées sur la hampe et plus précisément sur un point d'attache à mi hampe pour former le sous corps. Elles sont fixées par un fil translucide vendu par ESFT, le seul fil qui se fond dans les fibres et les écrase parfaitement sur la hampe. Deux touffes sont ensuite fixées en symétrie sur les cotés de la hampe un peu plus en avant pour former les flancs et ainsi de suite avec toujours plus en avant des touffes abdominales puis à nouveau dorsales pour terminer la forme du poisson. On peut également ajouter des branchies avec quelques fibres rouges. En fin de montage, je ligature les têtes de chaque touffe avec un fil translucide transparent pour former le crane du poisson. Ce crane accueillera deux yeux et le tout sera fondu dans une colle softex avec un séchage de 24h. J'utilise les fibres Fish-Fuzz, Polar-Hair et Crystal flah ainsi que la colle softex, les fils translucides pour monter les streamers et tous ces produits sont proposés par ESFT. On parlera une autre fois des céphalopodes et des crustacés car les techniques de montage sont encore bien différentes.

Ces streamers peut-on les plomber ?

A votre place, je glisserai une bille dans la tête du streamer pour alourdir le leurre. Deux yeux pourraient être dessinés sur cette tête. Voila pour le concept, vous faites des variantes en utilisant différentes fibres mais sur le même schéma.

Comment choisir un poste ?

Une pointe de roche : une valeur sûre pour rechercher le loup ou bar.Où aller : partout où ton feeling te guide. Tu dois sentir les bons coups. Je pêche partout où il y a de l'eau et la surprise arrive souvent des postes les plus insolites. Etudier devient un bien grand mot. Disons plutôt que je glisse dans l'eau avant de pêcher.

Une pointe de roche : une valeur sûre pour rechercher le loup ou bar.

L'été, je repère mes coups en plongeant et en prenant des photos. En automne, je reviens et je pêche les zones de contraste définies par l'observation. Un tombant, un écueil, un haut fond, un champ de posidonie, une cuvette sont pour moi des zones qui contrastent avec le grand bleu et les zones uniformes. Les poissons cherchent refuges et nourritures le long des zones de contraste. En Med., une digue, un estuaire, une entrée de port, une zone éclairée, un champ de posidonie sont des zones de rassemblement de proies donc de prédateurs. Les saisons jouent un rôle sur les migrations et les activités de reproduction ou nutritionnelles. Quelques bons ouvrages en ichtyologie et en océanographie spécifient des habitudes interspécifiques. Il suffit alors de coller ces informations sur ses propres observations pour avoir plus de probabilité de rencontrer les espèces recherchées. Et puis il y a les phénomènes naturels comme El-Nino ou artificiels comme l'effet de serre qui guident les productions primaires donc secondaires. Les productions de krill en Med sont fréquentes en hiver mais elles oscillent d'années en années avec les variations climatiques. Ce krill vient s'échouer plusieurs fois par an sur les côtes monégasques et selon l'intensité de la production on peut évaluer les activités des prédateurs, leurs futures populations et les probables rassemblements donc fréquentations des côtes. La pêche est un tout. Il n'y a pas de recette miracle mais beaucoup de chance et un peu de réflexion. Vous le savez bien.

Je ne plombe jamais mes leurres quand je pêche à la mouche. Cette technique doit rester légère pour en apprécier les sensations extrêmes. Par contre pour faire sonder des leurres légers, je les entraîne avec les poids des soies. J'utilise donc des soies plongeantes qui ont la particularité de décrire une hyperbole et donc d'explorer en un lancer les différentes hauteurs de la colonne d'eau ce qui accentue la probabilité de rencontrer des poissons.

Quelles sont tes activités annexes dans le milieu de la pêche récréative ?

Je suis un homme simple et libre. J'aime partager et c'est pour cela que j'écris tous mes secrets. J'ai livré une partie de ma collection de mouche à l'entreprise ESFT car j'aime travailler avec des gens motivés et novateurs comme Bruno et Olivier qui sont des fonceurs et des passionnés. Je me suis libéré de ce fait la fabrication en série des modèles pour me concentrer uniquement sur la créativité et ça va chauffer car les derniers concepts dégagent bien !!!! J'aimerai partager encore plus surtout au niveau des concepts montages. Mais je suis un peu hors normes et pas un seul éditeur m'a ouvert sa porte pour un livre sur les montages et leurs applications écosystémiques : il parait que cela intéresse personne !!! Je crois que le marché est déjà occupé par d'autres gens qui bouchent un peu. Mais je m'en fou car je suis libre et cela c'est très important pour moi surtout pour la créativité.

Pour l'instant, je concentre mes activités sur la photo numérique car j'aimerai monter un méga site tout seul. Cela prendra un peu de temps surtout pour monter ce site car je le veux complet, interactif, novateur. J'ai sélectionné mes appareils photos et j'économise pour me les payer. Je viens d'apprendre le traitement d'image et je vais me plonger dans un logiciel pour construire des sites. Petit à petit, je vais y arriver mais mon métier d'environnementaliste me prend beaucoup de temps et je veux encore en garder pour me consacrer à ma famille. Donc, je suis surbooké mais mon rêve serait de faire un beau livre sur tous mes montages pour tout le monde sans secret : j'ai le temps, doucement mais sûrement.

As-tu des news en terme de livres ? Un message « philosophique à nous transmettre ?

Une news, Artémis sort un bouquin sur la mouche en eaux closes pour le mois d'avril. J'ai traité la partie lacs de haute montagne. J'aime cette pêche près des cieux. Mon sujet de montage actuellement : la bioluminescence et l'emploie des oxydes de titanium : j'ai réalisé quelques fantasmes de montages.

Quant à la philosophie : que dire devant cette époque ou la starac guide les peuples ??? Je suis triste car je vois une nature qui fout le camp et peu de gens s'en préoccupent. Notre société devient de plus en plus individualiste. Elle a fait le pari de la surconsommation alors les ressources naturelles s'épuisent et les rejets polluants envahissent de plus en plus les écosystèmes détruisant notre patrimoine naturel et diminuant la biodiversité. Les jeunes pensent plus à leur futur confort qu'aux rivières ou aux mers. Quelques nantis salopent la planète avec des hydrocarbures, de la dioxine, des métaux lourds, des pesticides, des surfactants et personne ne réagit vraiment. C'est le fric qui nous guide et nous ne pouvons pas nous battre contre cela car nous participons au cirque. Alors tout le monde tend vers la facilité et ferme les yeux en se bouchant les oreilles. La pêche non pro n'est pas une priorité. Il suffit de voir comment elle est gérée en France pour s'en rendre immédiatement compte. Et pourtant certains pêcheurs sont des sentinelles des pollutions, des abus etc. et ils peuvent rendre compte mais à qui car en haut l'empirisme règne. Ils peuvent également devenir partenaires des gestions environnementalistes mais c'est trop tôt. Il faut attendre que l'ancienne génération de président de fédération etc. actuellement au pouvoir disparaisse effacées par le temps pour commencer à agir. Trop de postes clef sont occupés par des empiriques de l'écologie qui préfèrent caresser les pêcheurs et les décideurs à coup de bassines électoralistes plutôt que s'attaquer aux réels problèmes de l'environnement. Incapacité, soif de pouvoir, rapport de force, dommage, la France mérite mieux et ses rivières, ses côtes aussi. Mais heureusement, il y a les passionnés qui sauvent l'honneur et merci à vous de m'avoir accueillit dans vos rubriques.

 

A bientôt et amitiés à vous tous les PecheWebnautes.

Jlouis

La pêche à la mouche en mer : une pêche sportive qui réunie toutes les générations.

La pêche à la mouche en mer : une pêche sportive qui réunie toutes les générations.

Merci à Jean Louis Teyssié de nous avoir accordé du temps pour nous faire partager sa passion de la pêche du Loup au fouet. En espérant que cette interview aiguisera votre appétit à en savoir plus sur cette technique…

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